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07 janvier 2026

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Crédits carbone, greenwashing et treewashing

Qu’est-ce qu’un crédit carbone ?

Le portail RSE gouvernemental définit un crédit carbone comme “un instrument transférable ou négociable qui représente une réduction ou une absorption d’émissions d’une tonne équivalent CO2 et qui est émis et vérifié conformément à des normes de qualité reconnues”(1).
Concrètement, lorsque des projets permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) ou d’en capturer, ces projets peuvent se voir allouer des crédits carbone. Un crédit carbone correspond à 1 tonne équivalent CO2 évitée ou capturée.
Les crédits carbone peuvent être utilisés par les entreprises dans le cadre de leur comptabilité carbone : schématiquement, une entreprise qui émet 3 tonnes eq. CO2 et qui possède 3 crédits carbone, soit en mettant en place un projet soit en les achetant, peut indiquer être neutre en carbone.

Des projets vertueux

Le mécanisme des crédits carbone a notamment vocation à favoriser le financement de projets luttant contre les changements climatiques. Les crédits carbone générés grâce à des projets qui permettent d’éviter des émissions de gaz à effet de serre sont les plus répandus2. Beaucoup de ces projets reposent sur la protection de parcelles de forêts contre la déforestation et sur le développement d’énergies renouvelables. Pour ce qui est des projets permettant de capturer des gaz à effet de serre, ils reposent souvent sur la plantation d’arbres. En plus des bénéfices potentiels de ces projets sur notre environnement, ils entrainent bien souvent des flux financiers des pays du Nord vers les pays du Sud, ce qui peut être intéressant pour les communautés locales.

Un mécanisme contre-productif

Malgré ces éléments positifs, les crédits carbone présentent des limites non négligeables. Tout d’abord, et c’est un point important, ils peuvent devenir un vecteur d’inaction climatique. En effet, dès lors que l’on parle de “compensation carbone”, les acteurs concernés peuvent être découragés de réduire leurs émissions car ces dernières peuvent être compensées. De plus, cet impact néfaste est difficile à éviter car il n’est pas lié à la qualité des crédits carbone ou à leur contrôle. Pourtant, afin de limiter les changements climatiques en cours, il est essentiel d’éviter toutes les émissions qui peuvent l’être, de réduire au maximum celles qui ne peuvent pas être évitées, et, seulement en dernier recours, de compenser les émissions restantes.

Des réductions d’émissions surestimées

Mais la question de la qualité des crédits carbone se pose également. En 2023, une enquête menée par les journaux The Guardian et Die Zeit ainsi que l’association SourceMaterial a ainsi révélé que les gains climatiques étaient surestimés pour une part importante des crédits carbone commercialisés3. Depuis, une étude de Romm et al.4 parue en 2025 a passé en revue la littérature scientifique sur le sujet et a également conclu à des problèmes majeurs de qualité. Parmi les problèmes relevés par les auteurs, on peut notamment citer :

• L’additionnalité : il est essentiel que les réductions d’émissions de GES permises par un crédit carbone soit additionnelles, c’est à dire qu’elles n’auraient pas eu lieu sans ce projet. Cependant, les auteurs expliquent que cela est très difficile à démontrer et que plusieurs études ont montré que ce critère n’était pas toujours rempli avec les crédits carbone commercialisés.

• La permanence : les émissions évitées ou capturées doivent l’être de façon durable. Par exemple, si planter des arbres peut permettre d’absorber des GES présents dans l’atmostphère, ces derniers seront relachés d’un seul coup dans l’atmosphère en cas d’incendie dans la parcelle (les feux de forêt sont, en outre, de plus en plus fréquents du fait des changements climatiques).

• Les fuites ou transferts : lorsqu’un projet vise à préserver une forêt de la déforestation par exemple, il est probable qu’une autre parcelle soit déboisée à la place. Dans ce cas, les émissions ne sont pas évitées, mais simplement déplacées d’un endroit à un autre.

Tous ces éléments font que les crédits carbones sont souvent accusés d’être un instrument de greenwashing, et on voit même émerger le terme de “treewashing” pour parler des projets de reforestation ou de préservation des forêts. Chez les géants du numérique, Apple a d’ailleurs été condamné en août 2025 par la justice allemande pour publicité trompeuse5. En cause, leur slogan vantant une montre connectée neutre en CO2 alors que l’entreprise utilisait pour cela des crédits carbone sans pouvoir démontrer que les réductions induites seraient durables.

Des problèmes environnementaux et sociaux

Si les crédits carbone ne permettent pas toujours réellement de réduire les émissions de GES, ils peuvent aussi entrainer d’autres problèmes environnementaux. En particulier, certains projets peuvent avoir des impacts néfastes sur la biodiversité. C’est le cas par exemple pour des projets de reboisement dans lesquels des monocultures d’espèces exotiques à croissance rapide sont plantées pour maximiser les potentielles abosrptions de carbone. Ce type de projets participe à l’effondrement de la biodiversité et déstabilise les écosystèmes locaux.
Des problèmes sociaux ont également été rapportés4. Si certains projets peuvent bénéficier aux populations locales, d’autres font peser de sérieuses menaces sur les droits humains, en particulier par l’accaparement des terres, des expropriations, des intimidations et des détentions arbitraires.

💡 Astuce !

Méfiez-vous des allégations comme “neutre en carbone” ou “zéro émissions nettes”, mais également des intensités carbone de mix électrique annoncées par certains hébergeurs ou utilisées par certaines entreprises pour leurs calculs d’empreinte. En effet, un mécanisme similaire à celui des crédits carbone existe pour l’électricité avec les certificats de garantie d’origine. Ces derniers sont censés garantir à l’acheteur qu’une partie choisie (voire l’intégralité) de l’électricité qu’il consomme a été produite à partir de sources renouvelables. Cependant, on ne choisit pas les électrons qui alimentent un data center et une revue récente a montré que les garanties d’origine ne permettaient pas réellement de favoriser le développement des énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles6. Assurez-vous donc que les intensités carbone annoncées pour les mix électriques sont bien “location-based”, c’est à dire conforme à la réalité physique du réseau, plutôt que “market-based”, c’est à dire prenant en compte les contrats et achats de certificats de garantie d’origine.

(1) https://portail-rse.beta.gouv.fr/glossaire-rse/credit-carbone/
(2) Ecosystem Marketplace (2025). 2025 state of the voluntary carbon market.
(3) https://www.theguardian.com/environment/2023/jan/18/revealed-forest-carbon-offsets-biggest-provider-worthless-verra-aoe
(4) Romm, J., Lezak, S., & Alshamsi, A. (2025). Are carbon offsets fixable?. Annual Review of Environment and Resources, 50(1), 649-680.
(5) https://www.lemonde.fr/pixels/article/2025/08/27/la-justice-allemande-remet-en-cause-les-pretentions-d-apple-en-matiere-de-neutralite-carbone_6636468_4408996.html
(6) Langer, L., Brander, M., Lloyd, S. M., Keles, D., Matthews, H. D., & Bjørn, A. (2024). Does the purchase of voluntary renewable energy certificates lead to emission reductions? A review of studies quantifying the impact. Journal of Cleaner Production, 478, 143791.

©Image de couverture Vectorjuice, Freepik

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