Posté le
02 juin 2025
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Estimer et réduire l'empreinte environnementale d'un site web: où concentrer ses efforts ?
Quand on parle de l’empreinte environnementale du numérique, on pense aux impacts de tous les équipements, mais également des services, comme les sites web que nous consultons au quotidien. Mais alors, comment estimer l’empreinte d’un site web, et comment la réduire efficacement dans une démarche d’écoconception ?
Une empreinte répartie sur 3 Tiers
Pour mieux comprendre l’empreinte environnementale d’un site web, il est courant de répartir ses impacts en 3 Tiers :
- Le data-center : où le serveur qui héberge le site est installé.
- Le réseau : qui permet de faire circuler les données entre le serveur et l’utilisateur.
- Le terminal : l’appareil utillisé par l’internaute pour consulter le site.
Si chacun de ces 3 Tiers contribue à l’empreinte globale du site, les impacts ne sont pas répartis équitablement entre les Tiers. Et plus important encore, lorsqu’on cherche à réduire l’empreinte d’un site web, notre pouvoir d’action n’est pas le même en fonction du Tiers considéré.
Terminal : des impacts peu influencés par le site
Une des façons d’estimer les impacts environnementaux d’un site web est de passer par une ACV : une analyse du cycle de vie(1)(2). Dans cette analyse, on considère que la consultation du site web consomme de l’élecricité via l’ordinateur ou le smartphone utilisé par l’internaute. Mais ce ne sont pas les seuls impacts attribués au terminal lors de l’ACV d’un site web. En effet, la fabrication d’un terminal entraîne de nombreux impacts (émissions de gaz à effet de serre, pollutions, extractions de ressources non renouvelables…) et l’ACV attribue une fraction de ces impacts à chaque usage du terminal, y compris à la consultation d’un site web. Ce sont ces impacts, liés à la fabrication de l’équipement, qui sont les plus importants. En effet, pour les ordinateurs et les smartphones, la consommation d’électricité à l’utilisation ne représente qu’une petite partie des impacts (illustration dans cet article).
Si cette modélisation des impacts environnementaux est utile, elle présente cependant des limites et n’est pas la seule manière dont on peut comptabiliser les impacts. En effet, le fait que les sites web consultés avec un terminal soient éco-conçus ou non n’aura que très peu (voire pas du tout) d’impact sur la fréquence de renouvellement du terminal(3). Dans les faits, il est difficile d’espérer réduire les impacts majeurs associés à la fabrication des terminaux via l’éco-conception des sites web.
Réseau : un levier indirect
Pour ce qui est des équipements réseau, là encore les impacts du site web doivent prendre en compte la consommation électrique des machines, mais aussi les impacts liés à leur fabrication. Bien souvent, ces impacts sont modélisés comme étant proportionnels à la quantité de données transitant sur le réseau. Mais, la réalité est un peu plus subtile. En effet, les équipements réseau sont constamment branchés et consomment de l’électricité à tout moment. Des données précises sur un large échantillon manquent pour bien évaluer ce point. Les études que nous avons pu mener sur certains équipements montrent une consommation très peu différente entre une faible et une forte quantité de traffic. La consommation électrique est plus liée à la quantité de ressources déployées qu’à la quantité instantanée de trafic à router. Ainsi, faire transiter 2 fois plus de données, ne fait pas consommer 2 fois plus d’électricité aux équipements réseau(4).
Pour ce qui est de la fabrication, la quantité d’équipements réseau utilisés dépend du volume de trafic global, et plus encore des pics de trafic, qui dimensionnent les “tailles des tuyaux” dans les infrastructures.
Or à ce jour, les pics de trafic ont lieu en soirée du fait de la consommation de vidéos en streaming(5).
Ce n’est qu’en diminuant globalement le trafic vidéo sur ces “heures de pointe” qu’on peut limiter cette empreinte.
Or le trafic lié à l’affichage d’une page de site web (hors vidéo) c’est au pire l’équivalent de quelques secondes de vidéo (et bien souvent moins d'1 sec).
Eco-concevoir un site web en réduisant la quantité de données qu’il fait transiter sur le réseau n’aurait donc que peu d’impact sur l’empreinte environnementale des équipements réseau.
Data center : le levier principal de réduction
Enfin, l’empreinte environnementale d’un site web passe aussi par les impacts du data center dans lequel il est hébergé : l’électricité consommée par les serveurs et tous les autres équipements indispensables, constamment alimentés, notamment pour le refroidissement des salles informatiques ; mais aussi la fabrication de ces équipements.
Écoconcevoir son site web permet de réduire directement ces impacts. Pour ce qui est de la consommation électrique, le choix du pays d’hébergement en prenant en compte l’intensité carbone de son mix énergétique fait partie des actions les plus importantes, comme expliqué dans cet article. Chosir un data center responsable, avec un faible PUE (Power Usage Effectiveness)(6) notamment, permet de réduire encore cet impact.
Pour réduire les impacts associés à la fabrication, l’essentiel est de limiter les resources (quantité de processeur et de mémoire) consommées par le site web sur le serveur. En effet, les serveurs ont une capacité limitée à gérer plusieurs sites simultanément. Moins un site consomme de ressources plus il est possible d’en héberger un grand nombre sur le même serveur. On peut alors limiter la fabrication de ces équipements et les impacts environnementaux associés. Le choix des technologies utilisées pour le développement de son site web est au cœur de ces préoccupations. On a par exemple mesuré qu’il pouvait exister un facteur 10 à 20 sur la quantité de ressources serveurs consommées entre 2 technologies pour un même site web (détails dans cet article).
Dans une démarche d’écoconception, il est essentiel d’identifier où concentrer ses efforts pour minimiser les impacts environnementaux. Dans le cas d’un site web, les actions visant à réduire les impacts au niveau du data center sont celles qui sont le plus susceptibles d’avoir des impacts significatifs directs. Cela ne signifie pas qu’il faut ignorer les 2 autres Tiers, car chaque optimisation compte, mais il est important de prioriser nos actions pour agir le plus concrètement possible pour un numérique plus responsable.
💡 Astuce !
Faites les bons choix pour limiter l’empreinte de l’hébergement de votre site web :
- Choix d’un pays où l’électricité est faiblement carbonée
- Choix d’un data center avec un faible PUE
- Choix d’une technologie qui limite les ressources mobilisées
Pour illustrer l’importance de ces choix, le graphique ci-dessous montre l’impact de ces différents éléments sur les émissions de GES de l’hébergement de la page d’accueil du blog Koevoo.
(1) Organisation internationale de normalisation (2006). ISO 14040 : Management environnemental — Analyse du cycle de vie — Principes et cadre.
(2) Organisation internationale de normalisation (2006). ISO 14044 : Management environnemental — Analyse du cycle de vie — Exigences et lignes directrices.
(3) Arcep, Arcom, CGE, ANCT, Baromètre du numérique, édition 2025. p.21
(4) Mytton, D., Lundén, D., & Malmodin, J. (2024). Network energy use not directly proportional to data volume: The power model approach for more reliable network energy consumption calculations. Journal of Industrial Ecology, 28(4), 966-980.
(5) The Shift Project, 2019. Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne. p.11
(6) Le PUE est un indicateur de l’efficacité énergétique d’un data center
(7) Joint Research Center (2023)
© Image d’illustration de rawpixel.com, Freepik ; Icônes drapeaux de Smashicons, Flaticon.
Explorez les données avec Koevoo :
Réseau : un levier indirect
“Le trafic lié à l’affichage d’une page de site web (hors vidéo) c’est au pire l’équivalent de quelques secondes de vidéo (et bien souvent moins d'1 sec).”
-> D’après l’almanac 2024 de Httparchive, le poids médian d’une page web est d’environ 2,7 Mo. Sachant qu’une vidéo basse résolution c’est au moins 1Mb/s… au pire un site moyen correspond à 22 secondes de vidéo.
Graphique Astuce
Pour ce graphique, on part d’une donnée de base, générée grâce à l’outil Greenoco : passer de Wordpress à Hugo (sans aucun autre changement) permet de réduire de 70 % les émissions de GES associées au Tiers data center pour la page d’accueil du blog Koevoo.
On compare ensuite un hébergement aux États-Unis à un hébergement en France sur la base des intensités carbone disponibles dans la base empreinte de l’ADEME. Enfin, on compare un PUE de 1,6 correspondant au PUE moyen des data center de l’union européenne(7) à un PUE bas de 1,15.
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